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À 8 mois de grossesse, alors que je me préparais à accoucher le plus naturellement possible,
j’ai appris que mon deuxième enfant se présentait (de nouveau) par le siège.
Tout s’est ensuite enchaîné brutalement : évocation de mes options d’accouchements,
tentatives de dissuasion de me laisser accoucher par voie basse,
programmation de version.
Je me suis alors sentie à la fois dépossédée de ma liberté de choix, incomprise et seule.
Je partage donc mon expérience avec vous, dans l’espoir que mon témoignage puisse aider d’autres futurs parents.

 

Enceinte de mon premier enfant, je me suis beaucoup interrogée sur mon projet de naissance : qu’y avait-il d’important pour moi ? Quelles étaient mes priorités par rapport à la naissance de Loulou ?
Il s’est avéré que deux éléments m’étaient essentiels : accompagner et rassurer le plus possible mon bébé et inclure son papa. J’avais donc envie d’un accouchement assez naturel, non déclenché, par voie basse, avec (éventuellement) une péridurale très faiblement dosée, d’un environnement calme avec le moins de lumière possible (pour lui laisser la possibilité, après 9 mois in utero, de prendre ses marques en douceur), et d’un long peau à peau après la naissance. Damien et moi avions fait des séances d’haptonomie pour nous préparer ensemble à l’arrivée de notre bébé et développer notre lien avec lui avant même sa naissance.

À part un petit couac de péridurale asymétrique, j’avais eu un accouchement parfait. Des contractions que j’avais plutôt bien gérées, un état d’esprit serein, un travail facile, une expulsion rapide, un bébé né partiellement coiffé et sans pleur, un projet de naissance respecté et beaucoup, beaucoup de bonheur en salle de naissance : un peau à peau à n’en plus finir, une tétée d’accueil magique, un papa présent et comblé qui avait souhaité assister à tout (vraiment tout) et coupé le cordon une fois que Loulou avait été longtemps câliné par nous. J’avais alors eu conscience d’être en train de vivre un état de grâce, et celui-ci s’était prolongé pendant de longs jours.

 

Pour mon deuxième accouchement, j’espérais donc que les choses se passent aussi bien. Damien et moi nous étions de nouveau préparés grâce à l’haptonomie et je me sentais même prête à tenter un accouchement sans péridurale pour aller vers une naissance encore plus naturelle, pour le bien-être de mon bébé comme le mien. Pendant la grossesse, j’avais eu quelques craintes concernant la création de notre lien : les choses m’avaient semblé un peu moins évidentes que pour Loulou, j’avais eu moins de temps pour l’introspection et moins d’énergie pour me consacrer pleinement à ce deuxième bébé. Mais je me disais que la fin de ma grossesse me permettrait de me recentrer sur l’essentiel.

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Un bébé en siège décomplété

On nous avait annoncé très tôt le sexe de notre bébé (nous allions avoir un deuxième petit garçon), puis, lors des rendez-vous suivants, nous avions découvert un bébé positionné en siège décomplété mais qui avait, à chaque visite, « tout le temps de se retourner ». Et en effet, mon petit Chaton, que je sentais crapahuter (beaucoup plus que son frère ne l’avait fait), m’avait fait le soulagement de s’orienter en position céphalique pour la 3ème écho, à 7 mois de grossesse ; mon gynéco m’avait alors dit que, cette fois, « il ne bougerait plus ». C’était donc plutôt sereine que je m’étais rendue à l’hôpital pour la consultation du 9ème mois, le 9 mai, à 4 semaines et 3 jours du terme. Mais là, ce fut la douche froide : la sage-femme qui m’avait reçue avait eu un doute en m’auscultant ; il lui avait semblé que mon petit Chaton s’était de nouveau retourné.

S’en était suivie une échographie qui avait confirmé le siège décomplété de notre bébé, puis une discussion sur les différentes options qui s’offraient à moi ; mais, avant même d’aller plus loin dans la discussion et d’intégrer ces informations, toutes plus déroutantes les unes que les autres, et très éloignées de mon envie réelle (tenter un accouchement en siège par voie basse), on m’avait indiqué qu’une version serait programmée en fin de semaine, qu’il ne fallait pas perdre de temps car Chaton n’aurait bientôt plus la place pour se remettre « dans le bon sens ». Je me suis permise de répliquer que l’on était très loin de mon projet de naissance là et que je n’étais, a priori, par pour une version, mais le rendez-vous avait quand-même été pris. Selon la sage-femme qui m’avait reçue, il valait mieux réserver le créneau (quitte à se désister ensuite) plutôt que de se retrouver sans possibilité de version si je venais à changer d’avis … J’avais été choquée par ce procédé de mauvais vendeur qui vous presse (et agit contre votre gré) afin de ne pas vous faire rater l’offre soi-disant exceptionnelle qui ne se représentera pas de sitôt.

 

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Les points positifs et négatifs de chaque option :

Nous les avons alors longuement discutés, et je dois reconnaître que le personnel hospitalier s’est montré vraiment disponible et a pris le temps de répondre à chacune de mes questions, même si leurs réponses étaient très orientées. Voici quelles étaient mes possibilités :

 

  • L’accouchement par voie basse d’un bébé en siège :

Si cela était possible, cette option me paraissait la plus évidente. Je souhaitais évidemment tenter ce type d’accouchement parce qu’il me semblait le plus fidèle à mon projet de naissance et à ma façon d’envisager la mise au monde de mon bébé. Je voulais donc savoir quels en étaient les risques et complications éventuelles afin d’avoir une idée plus claire de ce qui m’attendrait si je choisissais cette option. On m’a d’abord répondu que cette éventualité était conditionnée à l’étude de mon bassin (qui devait être suffisamment large) et à l’estimation de la taille et du poids de mon bébé (son grand frère pesait 2,850 kg à la naissance, c’était plutôt un bon point pour moi). Le rendez-vous fut pris pour une exploration 3 jours plus tard (le 12 mai).

Mais on m’a ensuite expliqué que, même lorsque les conditions mentionnées ci-dessus sont réunies, ce type d’accouchement était considéré comme « à risques » (ce à quoi je m’attendais), et que de ce fait, ils n’étaient pas très partants pour ce genre d’accouchement. Étant donné que l’hôpital dans lequel j’avais prévu d’accoucher était classé niveau 3, les équipes pratiquaient déjà beaucoup d’accouchements à risques et voulaient éviter d’en ajouter lorsque l’on pouvait faire autrement. On m’a fait un schéma très clair des complications qui pouvaient survenir : étant donné que les fesses sortiraient en premier, si la tête se retrouvait coincée, il serait compliqué de la dégager et cela pourrait provoquer de graves séquelles, décès, asphyxies, handicaps (« très lourds » m’a-t’on précisé) … Sérieusement, avaient-ils continué, ils avaient vraiment vu des drames se jouer sous leurs yeux, il ne fallait pas plaisanter avec ça. On a même été jusqu’à me dire qu’une fois le bébé engagé, nous ne pourrions plus avoir de césarienne en urgence et que, s’ils ne parvenaient pas à dégager la tête rapidement, il faudrait alors faire de nouveau entrer le bébé en moi (pour ensuite aller au bloc pratiquer de toute urgence une césarienne) et que ça serait alors une boucherie …

Euh … Comment dire … ?!? Si j’étais pour avoir un accouchement « naturel », je ne souhaitais évidemment pas faire courir de risque évitable à mon bébé. Je suis convaincue que l’état d’esprit dans lequel se trouve la maman joue à 90% sur la façon dont son accouchement se passera. Avoir entendu et visualisé ce genre de scène avait eu donc eu définitivement raison de ma motivation … Ils avaient gagné.

 

  • Laisser le bébé dans cette position et programmer une césarienne.

La chose à laquelle je me raccrochais dans cette option était le fait de laisser mon bébé dans la position qu’il avait choisie. Mais, en dehors de ça, l’annonce de l’éventualité d’une programmation de césarienne a été un réel drame pour moi. Attention, je ne juge pas du tout les mamans qui ont accouché ainsi. J’ai d’ailleurs une bonne amie qui ne souhaite accoucher que comme cela et je comprends ses motivations et respecte son choix. Mais, en ce qui me concerne, (je parle ici de mon ressenti, c’est donc très personnel et loin de tout jugement) j’envisageais cette possibilité comme un ultime recours. En réalité, je ne m’étais pas du tout préparée psychologiquement à accoucher par césarienne et, lorsque cette option est devenue soudainement concrète, je me suis inquiétée de tout (car c’était à l’opposé de l’idée que je me faisais pour la mise au monde de mon enfant) :

  • J’imaginais cela comme :
    • très lumineux, éblouissant (pour un bébé qui n’avait connu que l’obscurité).
    • très bruyant (pour un bébé ayant baigné dans un liquide pendant 9 mois) plein de bips, de médecins, et très froid : il s’agit d’un bloc opératoire, et donc d’un lieu que je pensais austère et peu propice à la tendresse, à l’intimité et aux démonstrations d’affection.
  • Et surtout, je savais que le temps de rencontre serait très restreint : nous n’aurions droit qu’à quelques minutes de peau à peau avant une séparation de plusieurs heures. Les césariennes se passaient toutes comme cela dans cet hôpital : il fallait ensuite libérer rapidement le bloc pour les opérations suivantes, et rejoindre seule les « salles de réveil » communes où les bébés n’étaient pas admis. Et l’idée de cette séparation me paraissait insoutenable, pour mon bébé comme pour moi. Je sais que j’aurais vécu cela comme un déchirement insupportable et que je m’en serais voulue toute ma vie d’avoir accepté (alors que d’autres options s’offraient à moi) de laisser mon nouveau-né loin de moi, son principal repère, au moment où il était lâché dans un monde complètement inconnu et, de fait, insécurisant, quand bien même ç’eut été pour le laisser entre les meilleures mains du monde (celles de son papa, avec qui il avait commencé à tisser un lien, par l’haptonomie notamment). J’avais, en outre, entendu des témoignages de mamans (à l’époque des Maternelles, sur France 5 – émission que j’ai suivi des années durant) qui avaient eu de réels problèmes pour tisser des liens avec leur enfant (et d’enfants qui étaient restés longtemps insécurisés) pour avoir vécu la césarienne comme un traumatisme. Je ne souhaitais pas vivre cela.
  • J’appréhendais aussi les suites de couches, avec la possible incapacité physique de me lever pour aller chercher mon nouveau-né qui me réclamerait.
  • Enfin, l’idée d’une « programmation » ne me plaisait pas non plus car je faisais tout, au quotidien, pour respecter les rythmes des enfants, or il s’agissait ici de faire naître mon bébé avant le moment qu’il avait lui-même choisi.

 

  • Attendre le terme avec l’espoir que, d’ici à sa naissance, mon bébé se retournerait.

Et dans le cas probable où il serait encore en siège, avoir éventuellement recours à une césarienne en urgence. Entre cela ou la césarienne programmée, je préférais cette option. Cela laissait à mon bébé la possibilité de continuer à vivre sa vie de foetus tranquillement sans avoir à être perturbé et d’aller jusqu’à son terme s’il le souhaitait. Mais, car aucun choix n’est jamais simple, le corps médical m’avait alertée sur le fait que, dans cet hôpital (à quelques exceptions près), le papa ne pouvait pas être présent dans le bloc opératoire lors de césariennes en urgence. Seules les césariennes programmées laissaient entrer les papas … ou comment influencer la maman pour qu’elle choisisse, quoi qu’il arrive, l’option la plus confortable pour eux (la version puis (en cas d’échec) la programmation d’une césarienne).

 

  • Programmer une VME (Version par Manoeuvres Externes), manipulation qui consiste à exercer des pressions externes sur le ventre de la femme enceinte (au cours de son dernier mois de grossesse) afin de changer la position de son futur bébé.

Si cette version fonctionnait (j’avais 1 chance sur 2), elle me permettrait d’accoucher par voie basse. Bébé et moi pourrions ainsi réellement nous rencontrer et mon enfant pourrait être rassuré par le peau à peau, mon odeur, l’écoute familière du rythme de mon coeur, etc. C’était un argument de poids. Mais, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à plusieurs choses :

  • En dehors des douleurs ressenties par la maman (ce qui ne me préoccupait pas plus que ça, même si on m’informait honnêtement que c’était réellement douloureux), je ne pouvais m’empêcher de penser que ça devrait être vraiment atroce pour mon bébé. En haptonomie, on se rend compte qu’un simple effleurement du ventre de la maman provoque une réaction du bébé qui perçoit tout. (Celui-ci se met alors à bouger à notre contact pour entrer en communication avec nous – c’est assez bluffant !). Alors, exercer des pressions suffisamment fortes pour qu’il en vienne à se retourner complètement dans un utérus dans lequel il est complètement à l’étroit me semblait tout simplement être un acte d’une brutalité, d’une barbarie telles que j’étais convaincue que, dans quelques années, cette pratique serait interdite, considérée d’un autre âge et trop intrusive pour le bébé (au même titre que les opérations intra-utérines que l’on pratiquait, il y a quelques années encore, sans anesthésie, en certifiant, à tort, qu’un bébé ne ressentait pas la douleur).
  • D’autre part, j’imaginais le ressenti de mon bébé qui vivait tranquillement sa vie de foetus dans un cocon qui le protégeait de tout (ou presque) et qui, d’un coup d’un seul, se sentait attaqué, menacé, dans la maison qu’il avait toujours connue sans avoir la possibilité d’entrevoir une porte de sortie ; ce devait être complètement traumatisant. (Certains doivent me penser complètement folle, j’imagine, d’avoir pensé à tout ça, mais en me mettant à la place de mon bébé, je ne pouvais me dire qu’il en était autrement – et j’imagine que je ne suis pas la seule). 
  • Je ne pouvais, de plus, m’empêcher de penser que si mon bébé avait choisi cette position, il devait avoir de bonnes raisons pour cela, qu’il me fallait par conséquent respecter son choix. Et pratiquer une version me paraissait donc être un manque de respect envers lui, une négation de son choix. Et cela me posait vraiment problème car ça heurtait complètement les valeurs en lesquelles je croyais (considérer l’enfant comme une personne à part entière, écouter ses besoins, respecter ses choix et ne rien lui imposer de manière autoritaire, toujours prendre en compte ses besoins avant de prendre une décision, etc.)
  • Parmi les conséquences de la version figurait également le risque (faible m’avait-on dit, mais qui existait parfois) d’accouchement prématuré, ce qui me posait deux problèmes :
    • le premier étant évidemment que je ne souhaitais pas que mon enfant naisse avant le moment qu’il l’avait choisi (et 4 semaines avant terme, c’était quand-même beaucoup sur une grossesse de 9 mois – même si l’on considère qu’à partir de 8 mois de grossesse, bébé est prêt à arriver à tout moment sans que cela représente un risque)
    • et donc le 2ème : si une version pouvait carrément déclencher un accouchement, nous étions alors bel et bien sur une manipulation extrêmement violente pour l’enfant.
  • Enfin, le taux de réussite de 50% me refroidissait aussi : infliger tout cela à mon bébé pour une aussi faible probabilité de réussite en valait-il vraiment la peine ?

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L’impossible choix

Lorsque je suis sortie de ce rendez-vous, j’ai immédiatement téléphoné à Damien et fondu en larmes. Je ne me projetais dans aucune de ces options. Tout était arrivé si brutalement : cette annonce de siège, ce choix extrêmement rapide que nous devions faire par défaut, le fait de devoir renoncer à mon projet de naissance. C’était beaucoup à encaisser en un rdv, beaucoup pour une femme enceinte qui, par sa condition, se sentait déjà perdue et plus vulnérable : je venais de repartir en annulant le rdv de version prévu 2 jours plus tard, et j’avais la possibilité de changer d’avis le lendemain si je le souhaitais.

Damien, quant à lui, n’avait d’abord pas pris la mesure du chamboulement que cette version pourrait provoquer en moi ni de l’enjeu que cela représentait pour notre enfant. Il ne pensait pas poser une journée pour « ça » : il s’était montré très présent en assistant à chaque échographie, en se libérant pour chaque séance d’haptonomie. Cette version était pour lui un rdv médical parmi d’autres qui lui auraient encore fait s’absenter du boulot, et j’avais dû beaucoup insister pour qu’il prenne sa journée. J’avais très mal vécu le fait d’avoir à insister lourdement pour être accompagnée dans cette épreuve et cela ajoutait à mon sentiment de solitude et de désarroi.

Après mon appel à Damien s’était mis en place un plan de bataille pour essayer d’éviter de faire un de ces choix qui ne me convenaient pas. En sortant de l’hôpital, vers midi, j’avais appelé à l’aide tous les professionnels susceptibles de m’aider. Ma sage-femme haptothérapeute ne pouvant me rencontrer dans les 24 heures, elle m’avait conseillé par téléphone des techniques et postures à adopter pour inciter Chaton à se retourner. L’après-midi, je faisais une séance d’acupuncture. Le lendemain matin, c’était en mon ostéo que je fondais tous mes espoirs. Rien n’y avait fait. Et, sans cesse, ce questionnement sur l’envie réelle de mon bébé : s’il avait, par deux fois, choisi cette position, il me fallait certainement ne pas aller contre son choix et, quoi qu’il arrive, lui faire confiance …

J’étais complètement perdue, je ne savais pas quoi choisir ; rien ne me convenait. J’hésitais fortement entre faire pratiquer cette version ou avoir une césarienne. Je n’arrivais pas à hiérarchiser mes options et j’ai vécu comme ça, à passer de l’angoisse aux larmes pendant de longues heures. Je passais mon temps à essayer de trouver des infos sur les conséquences de la version pour mon bébé, sur la façon d’optimiser sa venue s’il naissait par césarienne. À chaque fois, je sollicitais l’avis de ces professionnels sur le choix à faire : ma sage-femme privilégiait l’accouchement par voie basse ou, à défaut la césarienne (même programmée), mais plaçait la version en dernière option. Mon ostéo lui, déconseillait l’accouchement par voie basse et ne savait franchement pas quoi recommander entre la version et la césarienne …

J’en voulais à l’hôpital d’avoir été aussi dissuasifs sur la naissance par voie basse et de m’avoir exposé tellement crûment les complications éventuelles que je ne pouvais même plus envisager cette option. J’ai contacté d’autres cliniques, plus conciliantes vis-à-vis des césariennes en urgence (qui acceptaient les papas et permettaient aux mamans d’être moins coupées de leur bébé après la naissance) pour savoir si je pouvais envisager un accouchement par « voie haute » chez eux. J’avais regardé un reportage sur la naissance par césarienne et, si tout s’était bien passé pour la maman comme pour le bébé, cette émission avait fait couler tellement de larmes chez moi que je me suis écoutée : je n’arrivais vraiment pas à accepter l’idée d’une césarienne. J’ai donc fini par planifier le lendemain cette version dont je ne voulais pas. Elle aurait lieu le vendredi 13 mai (3 jours plus tard donc). Ainsi, je serais fixée : si la version fonctionnait, je pourrais de nouveau envisager un accouchement par voie basse. Et, en cas d’échec, on me communiquerait une date de césarienne, et j’aurais donc le temps de m’y préparer psychologiquement. En dehors de mes attentes vis-à-vis de l’accouchement idéal et de la meilleure façon de rencontrer mon bébé, je suis donc restée pragmatique et j’ai considéré l’aspect médical et les risques de complications obstétricales.

J’ai continué pendant quelques jours le branle bas de combat, j’ai continué la pêche aux infos, j’ai continué d’étudier les possibilités d’un accouchement programmé dans les meilleures conditions possible (et dans différents établissements). J’ai continué de demander à mon bébé s’il était sûr de ne pas vouloir se retourner par lui-même, et j’ai continué à beaucoup pleurer …

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Le jour de ma version

Le vendredi en question, Damien, était finalement (évidemment) à mes côtés. La sage-femme qui m’a reçue m’a d’abord fait passer une échographie pour vérifier si Chaton était toujours placé en siège. Et, évidemment, c’était encore le cas. J’ai ensuite été placée sous monitoring avant, pendant et après la version (encore une fois, si la version est inoffensive pour le bébé, pourquoi surveiller son rythme cardiaque ?). Puis la sage-femme a essayé de déplacer mon bébé. Alors, je confirme pour celles qui se demandent si la version est vraiment douloureuse, la réponse est oui (et je ne suis pas du genre douillette). Rien que pour cet aspect, vous, papas, DEVEZ être présents. Je me souviens avoir pleuré silencieusement de douleur (mais le ressenti de chaque femme semble, comme pour tout, différent d’une personne à une autre). Mais l’essentiel de mon attention était focalisée sur les mouvements et réactions de mon bébé pour qui je me disais que ça devait être encore infiniment plus dur que pour moi. J’avais le droit de mettre fin à tout moment à cette version si je le sentais ainsi. Et mon Chaton ne semblait pas vouloir bouger. Au bout de longues minutes, la sage-femme n’y arrivant pas seule, une deuxième sage-femme est intervenue (avec mon accord) pour une intervention à 4 mains. Et là, au bout de la 3ème tentative, Chaton a fini par céder au supplice et à s’orienter en position céphalique.

À la fin du monitoring de surveillance post manip, la sage-femme a touché mon ventre et m’a dit : « Attendez, j’ai l’impression qu’il est de nouveau en train de remonter. » Une échographie a confirmé qu’il était bien en position céphalique mais qu’il avait commencé à bouger de nouveau car sa position n’était déjà plus celle adoptée juste après la version. Contrairement à ce à quoi je m’attendais, il se pouvait donc qu’il revienne en siège pour la 3ème fois d’ici à sa naissance … Je ne pouvais donc toujours pas me projeter réellement. J’espérais qu’il resterait plus ou moins dans cette position et que j’accoucherais par voie basse, mais il se pouvait que le jour de l’accouchement, bébé soit de nouveau en siège et qu’il naisse par césarienne non programmée … Voilà voilà …

En réalité, je n’ai pas eu à m’interroger très longtemps puisque le soir-même, je ressentais des contractions de travail. J’accouchais le lendemain midi, par voie basse et sans péridurale de mon Chaton qui se présentait en position céphalique. La version avait donc eu raison de mon bébé et provoqué sa naissance, 3 semaines et 5 jours avant son terme.

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Mon ressenti 18 mois plus tard

Avec le recul, je considère cette version comme l’une des choses les plus traumatisantes que j’ai subies (avec ma fausse couche, dont je vous parlerai peut-être un jour). J’y repense encore aujourd’hui car :

  • J’ai trouvé cette manipulation barbare : c’était douloureux pour moi (et sans anesthésie pour le coup) mais surtout, je me disais non stop que mon bébé devait ne pas comprendre ce qui lui arrivait, et tellement souffrir). Ma sensation est qu’il a tellement détesté cette manipulation et dû ne pas comprendre pourquoi ce cocon censé le protéger devenait si hostile, qu’il n’a pas trouvé d’autre option que de le quitter au plus vite. Sa naissance qui a suivi comme une conséquence logique de cet événement est arrivée trop tôt, pour lui comme pour moi : j’avais besoin de mon 9ème mois pour me préparer à sa naissance, pour faire connaissance avec mon bébé, pour me détendre, me recentrer sur mon enfant qui allait arriver, communiquer avec lui, échanger, le rassurer, me rassurer, développer notre lien …
  • J’ai mal vécu l’absence de prise en compte de mon envie et de mes options réelles : l’hôpital préfère clairement les naissances de bébés en position céphalique et font tout pour que ça se produise comme ça (d’où les versions fortement suggérées) car il est moins confortable pour eux de faire naître quelqu’un par césarienne et surtout par voie basse quand il s’agit de siège que de pratiquer une version. J’ai eu beau insister sur mon projet, dire que je n’en voulais pas, on m’a tout de même je trouve, un peu forcé la main. Or, à 8 mois de grossesse avec une nouvelle comme celle-ci qui nous tombe dessus, on n’est clairement pas en position de force pour s’imposer : on ne connaît pas nos options, ne sait pas vers qui se tourner, etc. Or, mon corps m’appartient et c’est de la naissance de mon bébé dont il s’agit. Pour les mamans qui se retrouvent confrontées à des situations imprévues à l’hôpital et qui les déboussolent, ne vous laissez pas imposer une chose pour laquelle vous n’êtes pas d’accord.
  • Je n’étais pas assez préparée au fait qu’un accouchement a toujours des risques de se terminer par une césarienne : du coup, je n’avais pas assez anticipé cette éventualité ni comment je souhaitais accoucher par césarienne pour le cas où. Quelles conditions ? Quels critères, etc. ?
  • J’ai quand-même pu accoucher par voie basse avec un accouchement proche de mon projet de naissance : la version aura au moins permis ça.
  • Sur le coup, j’étais déçue et pleine de culpabilité d’avoir provoqué la naissance prématurée de mon Chaton mais, avec recul, je me rends compte que les conséquences ont été pires encore : je pense que cette version et cette naissance provoquée ont vraiment marqué Chaton et l’ont fortement insécurisé : les jours qui ont suivi sa naissance, Chaton était apeuré par ce qui se trouvait autour de lui : le moindre bruit, pleur de bébé dans les chambres voisines, le faisaient sursauter ou sangloter, le moindre changement de température provoquait un pipi intempestif. Il avait vraiment besoin de ce 9ème mois en moi pour être pleinement rassuré. Pendant 8 mois, il ne pouvait pas s’éloigner de moi la nuit et ne dormait que dans mes bras (jour comme nuit) : dès que je faisais le moindre geste pour le reposer (même à côté de moi), il se réveillait et pleurait de nouveau. Il était constamment au sein (quasi non stop) : c’était la seule chose qui semblait le rassurer et j’avais l’impression de passer mes journées avec lui au sein, ce qui a beaucoup fait souffrir son grand frère de 22 mois qui a un peu perdu sa maman lui aussi. Il a toujours refusé de dormir sur le dos (sauf les tout premiers jours à la maternité) : il avait besoin de contact avec quelque chose (quand bien même c’était un matelas). Il a refusé le sevrage de l’allaitement avec virulence à multiples reprises et il a été très compliqué pour lui d’accepter de passer à autre chose. Il est, encore aujourd’hui à 1 jour de ses 18 mois, très collé à moi : il est encore méfiant envers les nouvelles têtes et se réfugie systématiquement dans mes bras (son angoisse séparation ne semble pas réellement terminée). Il a souvent peur que je le laisse et il y a encore des moments où je suis la seule à pouvoir le consoler (parfois même son papa échoue à le calmer pendant 30 min et en 30 secondes dans mes bras, c’est fini). Et, depuis quelques temps, il lui est de nouveau impossible de s’endormir seul. Chaque soir, il lui faut notre présence, à son papa ou à moi, pour l’accompagner dans le sommeil … Je pense vraiment qu’il lui a manqué quelque chose de cette vie intra-utérine qui lui aurait permis de se détacher ensuite plus sereinement.

 

Cette version, c’était il y a 18 mois jour pour jour, et j’y pense encore. Évidemment, j’ai conscience que ce n’est pas grand chose par rapport aux soucis de santé, aux problèmes de fertilité, aux handicaps auxquels certains peuvent être confrontés. Ce n’est certainement qu’une goutte d’eau dans le parcours d’une vie. Sauf que cette goutte d’eau a laissé des traces, tout comme une fausse couche peut en laisser. Certaines auront vécu leur version comme une étape nécessaire voire salutaire, et quelque part, elle m’a permis cette naissance par voie basse avec mon bébé, naturelle, sans péridurale, comme je l’avais envisagée. Mais pas sans prix …

Alors, j’ai choisi de ne pas me taire et de partager, à travers ce billet, cette souffrance de femme enceinte, de maman, afin de laisser quelques messages aux futurs parents confrontés au même choix cornélien :

Mamans, renseignez-vous sur les risques mais écoutez-vous d’abord et écoutez votre bébé. Si l’hôpital qui vous suit ne veut pas vous faire accoucher par voie basse (de plus en plus d’hôpitaux sont réfractaires et ils ont raison de l’être s’ils pratiquent de moins en moins de naissance par voie basse en siège : car les sage-femmes en deviennent de moins en moins habituées, donc de moins en moins rôdées, de moins en moins aptes à parer aux complications qui peuvent survenir ; et c’est certainement le coeur du problème.), renseignez-vous auprès de cliniques, d’autres hôpitaux, expliquez-leur votre désarroi, votre angoisse. Certains continuent d’accompagner régulièrement les naissances par voie basse, en siège ou non, je pense que ce sont vers eux qu’il faut alors aller car ils restent habitués à pratiquer ce genre d’accouchement, ne s’angoissent pas à cette idée, et du coup rassure les mamans. En tous cas, réfléchissez avant d’accepter ce que l’hôpital qui vous suit vous suggère : vous avez le droit de choisir l’accouchement que vous souhaitez avoir.

En ce qui me concerne, tout s’est passé trop vite pour que j’aie moi-même le temps de me retourner ( 😉 ) et je n’avais pas de mode de garde pour Loulou : j’ai donc dû aller à la pêche aux infos, panser mes larmes, faire mes 4 aller-retours à l’hôpital, me battre pour avoir des rdv chez un médecin acupuncteur franchement désagréable, en me préoccupant à chaque fois de comment faire garder mon grand Loulou de 22 mois sans trop le perturber lui aussi.

Papas, soyez vraiment présents pour vos femmes qui ne vivront pas spontanément bien leur version : soyez présents physiquement, inconditionnellement et sans avoir à entendre d’argumentaire, soyez disponibles psychologiquement pour être l’épaule sur laquelle elles pourront s’appuyer et l’oreille dont elles auront besoin même si elles ne semblent pas en émettre le besoin.

Si c’était à refaire, si j’apprenais demain que mon bébé a choisi de se positionner en siège, je ne choisirais pas la version, je respecterais le choix de mon bébé. Je prendrais le temps de discuter avec des mamans ayant accouché par voie basse en siège afin de savoir comment elles l’ont vécu. Je me renseignerais pour savoir quels hôpitaux / quelles cliniques pratiquent couramment ce type d’accouchement et j’essaierais d’accoucher là-bas. Si pour une raison ou pour une autre, je ne choisissais finalement pas un accouchement par voie basse, je tenterais d’accoucher par césarienne dans un endroit qui me permet de partager cela avec mon mari et d’être le moins possible (voire pas) séparée de mon bébé. Je prendrais cette décision après avoir pris le temps de me faire psychologiquement à cette idée et en avoir « parlé » longuement avec mon bébé. Surtout donc, je ne prendrais pas de décision à la va-vite en me sentant oppressée et obligée de donner une réponse en 24 heures sur un choix aussi déterminant. Et pour toute prochaine grossesse, quelle que soit la position choisie par mon bébé, j’envisagerais toutes les options d’accouchement possible.

Chacune peut être confrontée à une césarienne ou à un accouchement par voie basse alors qu’elle s’attendait à autre chose. Se renseigner en amont sur ses options, sur où faire pratiquer quoi, permet d’aborder la fin de grossesse et l’accouchement de manière plus sereine.

 

Désolée pour cet énoooorme pavé que beaucoup auront abandonné en route. Si mon témoignage peut, d’une manière ou d’une autre, aider quelqu’un, alors tant mieux.

 

Bises,

 

Céline.

 

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