L’angoisse de séparation

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Chaque étape du développement de l’enfant est encourageante : elle signifie qu’il gagne en autonomie et grandit. Mais grandir, c’est aussi apprendre à se séparer. Et apprendre à se séparer, c’est difficile (pour les enfants comme pour les parents) et ça dure toute la vie ! C’est pour cela que les évolutions sont accompagnées de phases de régressions qui réconfortent l’enfant.
Vers 8-9 mois, il franchit une étape particulièrement déstabilisante : une grande peur de l’abandon, l’angoisse de séparation. 

 

Quand enfant et maman ne font qu’un :

Pendant toute la grossesse, l’enfant vit en fusion complète avec sa mère : ne faisant qu’un avec elle, ses besoins sont immédiatement satisfaits. In utero, toutes ses fonctions vitales fonctionnent de manière automatique. Il ne ressent aucun manque et n’a pas besoin de se manifester pour être satisfait.

L’enfant naît donc sans savoir qu’il est dissocié de sa mère. Il n’a pas encore conscience de son propre corps qu’il perçoit comme la continuité de celui de sa génitrice : ses propres bras et les mains de sa maman sont pour lui une seule et même entité, un seul et même tout. Sa naissance constitue un véritable choc pour lui. Il découvre la lumière, les sensations de chaud et de froid, le bruit, la faim ; et tout cela le déstabilise car il ne l’avait jamais expérimenté cela in utero. Peu à peu, bébé va connaître ses premiers instants de frustrations inévitables, en attendant quelques secondes avant de manger ou d’être rassuré ou en constatant qu’il n’arrive pas encore à attraper, à se déplacer. Il va, à travers ces frustrations, intégrer le fait que quelqu’un d’autre fait pour lui et comprendre peu à peu que sa mère et lui sont en fait deux personnes distinctes. Lorsque ces frustrations sont progressives, elles sont bénéfiques à l’enfant et participent à sa construction psychosociale et affective. L’enfant parviendra ainsi à chercher en lui les ressources qui l’aideront à les surmonter.

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Apprendre à se détacher …

Vers 8-9 mois, l’enfant a intégré que ses figures d’attachement (ses parents, son entourage proche) sont dissociés de lui. C’est une vraie source d’angoisse pour lui car il comprend alors que les personnes qui assurent sa survie et le consolent peuvent partir. Et à cet âge-là, il s’imagine que ce qui disparaît de son regard, ce qui n’est plus visible, cesse d’exister. Il n’a pas encore acquis la notion de « permanence de l’objet » (=même ce qu’on ne voit pas continue d’exister). L’angoisse de séparation est une peur de l’abandon. Si nous quittons son champ de vision, nous sommes, à ses yeux, partis pour toujours. C’est la raison pour laquelle bébé veut subitement nous suivre partout, ne supporte plus que l’on s’éloigne ou quitte la pièce, rechigne à aller se coucher, pleure beaucoup, souris moins et semble impressionné par ce qui lui est inconnu (nouveaux endroits, personnes peu familières, etc.). L’inconnu lui semble dangereux car il n’est pas sa mère et il voit en lui une crainte d’être laissé à des personnes étrangères : c’est donc, encore une fois, la peur de l’abandon qui se manifeste ainsi.

Cette angoisse peut se prolonger jusqu’à ses 18 mois, âge vers lequel la notion de permanence de l’objet est généralement acquise. Il a alors conscience de sa propre personne.

 

Comment accompagner bébé dans cette étape :

L’enfant a besoin de sécurité affective. En le rassurant et en lui faisant sentir notre présence, même quand nous sommes absents (présence symbolique), nous l’aidons à franchir cette étape. Plus bébé sera rassuré, plus il sera confiant sur le fait que ses figures d’attachements reviendront toujours, et plus la période d’angoisse de séparation sera brève et légère.

Voici quelques petites choses qui permettent de sécuriser bébé et l’aideront à vivre plus facilement cette angoisse de séparation :

  • Le porter, le prendre dans ses bras et le consoler aussi souvent que nécessaire lui permettent de se sentir compris, rassuré et de comprendre qu’il peut compter sur nous en toutes circonstances.
  • L’habituer très jeune à des séparations progressives (via de courtes absences ou des jeux coucou caché) contribue à le rassurer. Les jeux de coucou-caché ont un grand succès à partir des 4-5 mois de l’enfant et l’aident à prendre conscience peu à peu que ce qui est caché existe encore : le doudou sous la serviette est encore là, papa derrière ses mains est toujours là, etc.
  • Veiller à toujours lui expliquer quand nous nous absentons et à lui préciser à quel moment nous allons revenir (avec un repère factuel, facile à comprendre : après la sieste, au moment du goûter, etc.) entretient la confiance qu’il a en nous. Il est important qu’il nous voit partir car cela lui permettra de comprendre que nous ne sommes plus là pour ensuite pouvoir passer à autre chose. Si le moment de la séparation sera peut-être un peu plus difficile, il ne se sentira pas trahi en découvrant, plus tard, que nous ne sommes en fait plus là et cela contribuera à le sécuriser.
  • En cas d’absence, lui donner un objet transitionnel (doudou, tissu avec l’odeur des parents, etc) peut l’aider à mieux vivre la séparation. Même quand bébé ne semble pas avoir d’affection particulière pour un objet en particulier lorsqu’il est avec nous, il pourra, en cas d’absence, se rassurer en ayant à sa disposition un objet qui lui servira de repère, de continuité avec son environnement habituel. Il pourra se raccrocher à lui pour affronter une séparation qu’il perçoit comme insécurisante.
  • Lorsque cela est possible, il vaut mieux éviter de grosses séparations soudaines pendant cette période. Bébé vivra mieux la séparation si elle survient avant ou après cette phase d’angoisse de séparation.

 

Et, bien sûr, la façon dont les parents appréhendent les petites ou grandes séparations avec bébé influence beaucoup le ressenti de l’enfant. Les enfants sont des éponges émotionnelles qui perçoivent très bien nos propres craintes et angoisses. Si les parents sont inquiets, il y a de fortes chances que bébé le soit aussi ; et a contrario, si les parents sont prêts à se détacher un peu de lui, cela l’aidera à être rassuré lui aussi.

Comment vos enfants ont-ils réagi à cette angoisse de séparation ? S’est-elle manifestée de la même manière chez chacun de vos enfants ? Avez-vous trouvé « des trucs » qui marchent pour rassurer bébé et que vous souhaiteriez partager avec nous ?

 

Sur ce thème de la séparation, je vous dis à (presque) bientôt. Je ne publierai pas d’article pendant les vacances scolaires pour pouvoir profiter de mes enfants et de mon mari 🙂 ! Je vous donne donc rendez-vous dans deux semaines avec plein de nouveaux articles, et d’ici là, vous pourrez me retrouver sur mon instagram, d’où je vous donnerai quelques nouvelles.

 

Bises (et bonnes vacances, pour ceux qui ont la chance d’en avoir).

Céline.

 

 

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